Lundi 12 décembre 2005 1 12 12 2005 14:52

Je suis tombé Tbilissi, et pas ailleurs. Il n'y a pas d'autres mots pour décrire ma situation, depuis une semaine, dans cette ville déroutante, qui fait songer tour à tour à Athènes, Istanbul, Naples ou Moscou, mais possède finalement une identité propre qui échappe à l'analyse et que je n'arrive pas à saisir.

Impossible de savoir où l'on se trouve quand on rentre dans un métro tout soviétique, où l'on peut parler en russe à la caissière, et où babouchkas vendent journaux et fruits à la sauvette, pour se retrouver sur un quai où l'on ne comprend rien car tout est écrit en géorgien. Quand on croit croquer dans une tomate et que l'on sent le goût sucré et doux du "karaliok". Ou quand l'on se trouve dans un cybercafé tout à fait moderne sur l'avenue Rustaveli, les Champs-Elysées tbilissiens, et que le gérant, comme tous les autres commerçants du coin, est contraint de faire vrombir son groupe électrogène Honda dans la rue car le courant vient de sauter.

Tout ici est définitivement oriental, même si les drapeaux européens fleurissent sur les façades et si l'on vous répond parfois en anglais à une question posée en russe. Les palmiers, les balcons finement ouvragés, les escaliers extérieurs et les vieux mastiquant des graines de tournesol sur le pas de leur porte vous en convainquent rapidement.

Mais tout est aussi soviétique, comme vous le prouvent les passants désagréables, les constructions démesurées, ou les larges avenues et les marshrutkas qui les parcourent.

En gros, voilà, je suis paumé. Mais tellement à l'aise dans ce pays si accueillant. Car je me rends compte petit à petit que la vraie solution est celle que m'assènent à tour de bras, depuis bien avant mon départ, expatriés et autochtones : tout à Tbilissi est géorgien, et je crois bien qu'il va falloir m'y faire.

Géorgien, comme ce type avec qui j'ai partagé par hasard un taxi à trois heures du mat', et qui a reconnu en moi le touriste paumé qui lui avait demandé deux jours auparavant la direction de la rue Paliachvili. Géorgien, comme le taxi qui a essayé de m'arnaquer à l'aéroport et comme mon propriétaire qui m'a accueilli le soir de mon arrivée à grands coups de toasts au vin blanc et de spécialités culinaires toutes plus délicieuses les unes que les autres... mais toutes de trop pour mon estomac. Géorgien, comme les expatriés hypnotisés qui, selon le rite des banquets très codifié ici, ne peuvent s'empêcher, même en l'absence de vrais Géorgiens, de porter un toast à la santé de leur pays d'adoption : Sakartvelos Gaumardjos !

Voilà. C'est promis, c'est le premier et le dernier message grandiloquent que j'écris à propos de Tbilissi et des Géorgiens. Mais j'ai l'impression qu'ici c'est un peu un passage obligé, et je sens que je ne résisterai pas longtemps. Bientôt moi aussi je serai foutu, et transformé en nouveau thuriféraire de l'armée des VRP de la belle et douce Colchide.

Et dire que je pensais qu'après le coup de "l'âme russe", je me ferais plus avoir.

Ciboire de criss'.

 

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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