Publicité

Mardi 30 janvier 2007

Cher blog,

En ce moment j'ai beaucoup de boulot et rien à dire. Par-dessus le marché mon interface d'administration est possédée par le démon et ne me laisse accès au blog qu'un jour par semaine. Autant dire qu'à moins d'un miracle ça ne devrait pas être très animé ces jours-ci dans le coin.

(à part ça, dimanche je suis allé au marché, pour travailler, toujours, laisser traîner mon micro dans les allées pour un portrait sonore de Tbilissi que je prépare pour RFI. Résultat des courses : aucun son potable ou presque. Par contre, je me suis retrouvé avec trois kilos d'épaule de veau sur les bras, ainsi qu'un kilo de pleurotes, un autre de citrons, diverses herbes et infusions, un bon morcif de boeuf fumé et quelques clémentines. Aïe, misère...)

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Vendredi 26 janvier 2007

... le blog redémarre. Enfin on dirait, je croise les doigts.

Encore une photo ! C'est par périodes je crois.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Dimanche 21 janvier 2007

Après une série de billets magistraux (non, non, arrêtez, ça me gêne), j'ai plus grand-chose à dire alors je mets une photo qui en dira plus long que quatre heures de Michel Drucker.

Bon par ailleurs Over-blog est tout cassé chez moi, je n'ai même pas accès à mon propre blog. Un an de bons et loyaux services, et voilà comment on est remercié. Bravo la libre entreprise.

Ca y est, Over-blog plante à nouveau. Monde de merde.

(à part ça il fait super beau à Tbilissi, 15°C aujourd'hui, c'est bien agréable)

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires - Recommander
Mardi 16 janvier 2007

Les routards, on en a tous vu un jour. Chacun, de près ou de loin, a été victime d'un routard. Si vous n'avez jamais été confronté au problème, c'est peut-être le cas d'un membre de votre famille, d'un voisin, d'un ami...

Ils ont tout vu, ont rencontré des chamans australopithèques à l'hôpital, traîné avec des hobos à San Francisco, craché sur des bobos à Campo-Formio et vu le visage des vrais Turcs, les yeux dans les yeux et le loukoum dans la boîte à bonbons. Ils ont tout plaqué pour surfer à Hawaii dans des planches en peau de cocotier authentiquement autochtones, faire le tour de l'Ouzbékistan en rollers et resserrer les maillons de la grande chaîne des hommes qui sont tous des frères, comme chacun le sait.

Vous avez certainement, dans les recoins sombres d'une auberge de jeunesse, dans une soirée mondaine, dû subir un jour les assauts verbeux de cette classe humaine consciente, visiblement plus que les autres, de la beauté du voyage et de la rencontre avec l'Autre. C'était terrible, n'est-ce pas ? Mais malgré les souffrances mentales que ces touristes du dimanche vous ont infligées, il est une vérité absolue qu'il sera difficile d'infléchir au cours des siècles : aucun ne peut surpasser Matteo Pennachi. Je n'ai jamais vu réunis en un seul homme autant de suffisance et de bêtise, autant de lieux communs et de mauvais goût, couplés à un style épouvantable, puisqu'il a décidé hélas de nous faire part de ses aventures dans un livre. Un livre, est-il besoin de le préciser, qu'il a lui-même écrit de ses propres mains, oui, les mêmes mains qui ont arrosé des goyaves sur un paquebot malawi, tripoté des fesses de Vénus hottentotes dans le bush tanzanien, et battu des guerriers maoris au bras de fer. Cette merveille s'appelle Le Tour du monde sans un rond.

Tout est dit dans la préface, aussi inspirée qu'une quatrième de couverture, et didactique comme un Profil littéraire. Son auteur est soit un orfèvre de l'ironie, soit un abruti complet. J'en cite un extrait in extenso car c'est trop savoureux : « Matteo Pennachi a réussi à esquiver les innombrables pièges de ce genre littéraire (le récit de voyage, nda), en apparence simple, mais en réalité très raffiné. Il ne s'est nullement installé dans la complaisance et le narcissisme, a évité le lyrisme de la nature, ne s'est pas attardé sur des détails inutiles et punitifs (pour le lecteur), n'a pas fait traîner en longueur ses mésaventures, et surtout ne s'est pas montré tel qu'il n'est pas. Son livre coule agilement. Comme lui, il ne charrie aucun bagage; aucune lecture douteuse ou mal digérée ne vient l'alourdir. (...) Il possède un style, émaillé d'expressions argotiques et de lieux communs ("petit-déjeuner copieux", "enthousiasme mal dissimulé", "tas de jeunes", "gorge serrée") qu'il aurait été aisé d'éliminer, mais qui ne détonnent pas ici. » (c'est moi qui souligne) Il suffit d'inverser négations et affirmations et vous avez un résumé tout à fait fidèle du livre de Matteo Pennachi.

Le style est... comment dire, d’habitude pour ce genre de bouquins, on attribue d’office à l'auteur un nègre qui tente de rattraper les choses. Là, non. C’est ainsi qu’on apprend qu’il est possible de « s’éloigner d’un pas rasta » ou de « perdre son regard authentique ». Ou qu’on peut allégrement mélanger des sentences digne du plus lamentable des SAS (« d’un air provocant, elle braque sa queue sur moi ») à des citations de Claude Lévi-Strauss.

A côté de ça, des clichés technicolor pur jus – les mystères mystérieux des Orientaux, le melting-pot américain, la mafia russe... Des références culturelles en pagaille – « je repense à ce que disait Ibn Battûta... » –, qui pourraient cependant donner l'illusion que notre homme, bien qu'affligé d'une vanité assez pesante, a une certaine culture. Mais la plupart du temps, ses brillants exposés historiques sont faux (la Californie « pays de l’eldorado mythique » et des « conquistadores espagnols »). Et quand il ne raconte pas des bêtises, c'est parce qu'il s'est longuement documenté : à propos de la muraille de Chine, il recopie le panneau touristique installé par les autorités chinoises.

Une perle, vraiment. Je ne résiste pas à la tentation de vous citer un deuxième extrait, tiré d'un passage ou Matteo est hébergé chez un marin dont la femme est alcoolique. Elle commence à battre sa fille (Melissa) sous les yeux du héros : « Après avoir invité Melissa à sortir, je m’assieds devant Shannon et tente de lui parler. Mais elle m’abreuve d’insultes et de cris hystériques. D’un coup de coude, elle projette son verre contre le réfrigérateur, où il se brise en mille morceaux. La scène est terrifiante. Me sentant de trop, je décide de partir. » (c’est moi qui souligne)

S’ensuit une rencontre fantastique, où le bel Italien propre sur lui, conseiller publicitaire dans le civil, qui s’encanaille sur des cargos où l’attendent des places toutes chaudes et bien confortables, tombe nez à nez avec un vrai vagabond, « qui vit dans les rues californiennes depuis dix ans ». Très étonné, Matteo se rend compte que cela implique souvent de faire les poubelles et de ne pas se reposer uniquement sur son sourire charmeur* pour bouffer. Vivre sans un rond, c’est sale, quand même. « Craignant toutefois d’être influencé par l’attitude de Max, je préfère le quitter », conclut notre Candide milanais.

En toute circonstance, la condescendance est son mode de vie. On dirait un ethnologue hollandais du dix-huitième siècle à la découverte de la Papouasie. « Salut, les mecs* ! », lance-t-il à deux clandestins algériens sur un bateau. « Au cours de mon long séjour parisien, j’ai souvent fréquenté des Maghrébins dans la banlieue, et j’ai appris leurs expressions. » L’ignorance pédante et pontifiante qui pourrait passer quand il parle des chamans aborigènes, dont on ne connaît pas grand-chose après tout, devient franchement ridicule quand il s’agit de régions qu’on connaît mieux. On n’est même pas scandalisé, on a juste envie de rire. Les Algériens, en le quittant, saluent d'un « Salamalec » ce Marco Polo des temps modernes. Quelques jours plus tôt, notre Hemingway avait été apostrophé à La Nouvelle-Orléans par un bluesman de la rue : « Hey man ! Tu vas trop vite pour le jazz ! »...

Ce qui me fait plaisir, c’est que les seuls à avoir résisté à son charme charmeur*, et à ne rien avoir à foutre de ses « exploits* », ce sont les Russes. Ceux-là, pas moyen de les impressionner. Je me demande même comment il a pu avoir un billet gratuit pour le Transsibérien - il affirme leur avoir promis de faire sa publicité en retour.

Je vous engage donc ardemment à lire le livre de Matteo Pennachi, Le tour du monde sans un rond, éditions Stock, si vous avez un peu de temps à perdre. Ca et La Molvanie, guide Jetlag (chez Flammarion), dont le contenu est sensiblement le même, à la seule différence que c'est un faux. Les deux sont hilarants.

 

* en français dans le texte

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Vendredi 12 janvier 2007

Alors que certains amis voient déjà en moi le nouveau Jean-Luc Petitrenaud et m'engagent à me lancer dans une carrière de journaliste culinaire que je n'embrasserai pourtant que la cinquantaine sonnée, au bord de l'explosion hépatique, quand j'aurai assez perdu d'illusions sur le vaste monde pour troquer ma plume acerbe pour du duvet de chapon de Bresse ; alors que janvier sonne la période des remises en questions comme septembre celle des dépressions, je m'interroge.

Pourquoi pensé-je toujours à la bouffe ? Et pourquoi en parlé-je autant ?

D'abord il y a le contexte. A force d'être entouré par des Pantagruel de bazar qui vous expliquent que "pour comprendre la Géorgie, il faut aller à table", vous finissez par les croire (d'autant plus que c'est vrai).

Et puis surtout, j'en parle parce que je crois que ma fascination pour la cuisine se rapproche de celle que j’ai pour l’écriture. A bien y regarder, il s’agit de la même chose. Il y a des recettes, des dosages, des ingrédients. Il faut choisir les bons mots, apprendre à en juger la qualité, mais aussi savoir innover, en chercher de nouveaux. Un bon texte, c’est comme un bon plat : l’essentiel est de trouver ce qui va lier l’ensemble, faire prendre la sauce. Il ne suffit pas d’avoir l’idée, il faut l’assaisonner, lui donner un aspect agréable à l’œil, le texte doit couler, provoquer des sensations au fur et à mesure, picoter dans la gorge, chatouiller l’hypophyse et flatter le cervelet.

Il ne faut pas hésiter à rectifier l’assaisonnement, à rajouter quelques paragraphes, ôter l’inutile pour que l’ensemble reste digeste : ne pas avoir la main trop lourde sur les adverbes, tailler dans la digression. Eviter les répétitions. Il y a des textes comme des soufflés : il faut les écrire vite, quand l’inspiration vous prend, et les servir immédiatement. Sinon toute l’inspiration retombe. D’autres se mijotent, doivent rester dans la marmite aux idées quelques jours, patienter jusqu’à ce que les mots expriment leur jus et leur joie d’être ensemble. Parfois, il faut juste manger : leur intérêt n’est qu’utilitaire, ils ne disent bêtement que ce qu'ils veulent dire.

La seule différence est physique. Un bon mot, vous pouvez le chercher pendant des jours. Il sera toujours dans votre tête. La courge du Panama, elle, vous attendra au marché.

L'important, c'est qu'au final, le beau texte, c’est celui qui provoque l’ivresse ou la jouissance. Pas une jouissance physique. Mais juste une espèce de jubilation incontrôlable, qui vous fait relire et remâcher une phrase sans cesse, tellement vous ne vous attendiez pas à une telle combinaison gustative.

Je ne sais pas si on peut cuisiner de la même manière qu'on écrit. Mais j'y éprouve le même plaisir. Mon petit plaisir quotidien. 

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Mercredi 10 janvier 2007

Oui ! Tout à fait ! Aujourd'hui je ne parlerai pas de bouffe. Pas dans ce billet-ci en tout cas. Non, car aujourd'hui je veux dégorger ma rage et hurler ma colère ! Oui, il y en a marre. Non, je crie non à la sur-spécialisation des artisans géorgiens.

Ici, le savoir-faire est tellement fragmenté que si vous cherchez une serpette, il faut d’abord acheter la lame, puis le manche, avant de trouver un maître qui saura les assembler. Bien sûr, le temps que vous l’ayiez trouvé, la serpette est perdue. Et si le manche revient, ça n’est que le prétexte à boire un coup avec le coutelier. Sacrés Géorgiens.

Un exemple. Le mois dernier, par un beau matin d'hiver, j'ouvrai mon placard pour en tirer mon beau manteau d'hiver itou, importé par mes soins de Moscou au terme d’une aventure rocambolesque dont je tairai les détails aujourd’hui par souci de discrétion. Car la frisquette bise soufflant en ce début du mois de décembre m'avait convaincu de la nécessaire urgence d'endosser une pelisse plus épaisse, faute de quoi mon cadavre gelé servirait de matière première aux fabricants de khinkalis.

Or donc disais-je, j'ouvrai la porte de mon placard, et quel ne fut pas là mon effroi ! quel ne fut pas mon effroi-là ! Je vis la grande carcasse souffreteuse de ce qui avait un jour été ma belle touloupe moscovite, et n'était plus à présent qu'une tige fanée masquée vite, défigurée par les boutons arrachés à la doublure, les poches trouées et -je n'allais le découvrir que plus tard-, sa fermeture Eclair cassée. C'était horrible. En mon absence, des vandales chitonoclastes (je sais que me lisent des latinistes érudits, je tente donc le grec) avaient sauvagement attaqué mon manteau et l'avaient laissé là, agonisant, sans même me prévenir.

Sur les conseils avisés d'une amie, je me ruai donc dans cette ancienne fabrique d'uniformes militaires où quelques ouvriers subsistent encore, s'occupant de retouches de vêtements dans leur immense atelier froid et soviétique. Et je fis la rencontre effroyable des experts. Car en Géorgie, vous ne pouvez pas vous pointer comme ça dans un atelier de retouches et donner votre manteau à réparer. Non. Il y a un spécialiste pour recoudre les boutons. Un autre pour les fermetures Eclair. Et si vous voulez faire réparer vos boutons-pression, alors c'est à l'autre bout de la ville.

Insensibles débiles séparatistes. J'étais là, les nerfs pendant aux mâchoires, au bord de l'évanouissement, mon manteau subclaquant dans les bras, et cette bande de terroristes couturiers m'expliquait calmement que si je voulais avoir une chance de le garder en vie, il fallait que je le leur laisse deux jours chez eux avec des plaies encore béantes, pendant qu'ils réparaient les autres ! Quel terrible planificateur réal-socialiste leur avait donc instillé cette froideur calcultatrice ? Quel inconséquent pédagogue avait inculqué à ces demi-ouvriers la seule connaissance fibrillaire d'un fragment de leur métier ?

Maudissant une bonne fois la parcellisation toute clinique de l'artisanat géorgien, je pensais m'en être tiré et avoir sauvé ma seconde peau. Hélas, mille fois hélas. Comme je me trompais. Dans l'ombre, la corporation des saucissonneurs de paletots oeuvrait sans trêve ni repos, un sourire narquois aux lèvres.

A peine revenu de France, je me suis aperçu que la fermeture Eclair toute neuve, que j'avais payée la somme exorbitante de neuf laris, main-d'oeuvre comprise, s'ouvrait toute seule et sans raison, dans un éclat de rire sardonique tout droit sorti du Tartare. Alors que c'était la faute d'un Arménien, qui m'avait sans scrupule cousu sur le manteau un zip mal réglé ! Oui ! Parce que ça se règle, ces machins-là, en Géorgie ! Et qu'il y a des spécialistes pour ça aussi ! Parce qu'ici, un type dont la spécialité est de réparer les fermetures Eclair n'est pas foutu de s'assurer qu'elle ne va pas péter la semaine d'après !

Je ne suis pas comme Wolf Larson dans Tarzan, qui a le chic pour trouver toujours assez d'huile de karité pour s'enduire les pectoraux, même dans les marécages de la forêt vierge du sud-Cameroun (alors que Jane, pendant ce temps-là, n'a pas son pareil pour trouver sans jamais faillir les courants d'air lui permettant de faire onduler sa chevelure luxuriante dans les cloaques étouffants des oasis impénétrables du Kalahari). Non. Je suis un homme simple. Je ne suis pas parfait. Je compte ordinairement sur les couturiers pour faire face aux assauts méprisables de lâches séparatistes boutons. Et une amertume crasse me monte à la gorge quand je constate que les couturiers géorgiens m’ont implacablement trahi. Pour tout vous dire, les draps m’en tombent.

La tête basse, ruminant de sourdes imprécations à l’encontre du Tout-Tissant qui m’avait laissé dans la panade, je suis donc allé aujourd’hui voir le régleur de fermetures Eclair, qui en deux secondes a semblé pouvoir redonner à mon manteau son lustre d’antan. Mais je me méfie. Qui me dit que quelque part, dans son atelier macabre et ténébreux, ne se cache pas un spécialiste de plus ? Un expert retors de la pressurisation des ourlets intérieurs gauches, agitant dans un sabbat extatique ses ciseaux à pistons ? Qui ?

Bon, par contre, comme le régleur en question est le voisin de ma traductrice, il l’a fait gratos. Ca va. Mais attention. La prochaine fois, je mords.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Jeudi 4 janvier 2007

La période du Nouvel an en Géorgie, c'est ce moment magique où l'on peut sortir dans la rue, passé minuit, les cheveux fripés et les yeux en bataille avec la ligne d'horizon, et se voir souhaiter la bonne année alors qu'on sifflote tranquillement, crime ordinairement passible de la peine de mort. C'est ce réveillon sans fin, ces joyeux bambins de dix-sept ans qui lancent des pétards dans les cheveux des filles et tentent difficilement de frauder en rampant sous le portillon du métro, après avoir ingurgité quelques verres de trop.

Ces quelques jours où tout est possible, même voir trois fois dans la journée l'équivalent géorgien de L'Aile ou la cuisse.

Mais c'est aussi cet instant hors du temps où mon proprio, batono Guivi, honorable professeur d'architecture à l'Université de Tbilissi, éminent représentant de l'ex-intelligentsia soviétique et radin complet, débarque complètement bourré chez moi une clope à la main, alors qu'il ne fume jamais. Et le jour de la victoire immobilière, lorsque tel Mars chassant les mouches des fesses de Zeus, j'arrive à le renvoyer dans ses pénates en même pas une minute, sans qu'il ne parvienne à rentrer dans mon appartement.

Oui, j'aime cette décade magique entre toutes, où tauliers s'encanaillent et canailles sentent au lit et, même si mon jugement est peut-être hatif - c'est mon premier réveillon géorgien après tout - je sais quelque part que j'ai raison.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Mardi 2 janvier 2007

Pour terminer, enfin plutôt pour commencer l'année, un petit conte radiophonique :

Dimanche, jour du réveillon, je fais un direct sur RFI pour parler de... bouffe bien sûr, des traditions géorgiennes à l'occasion du réveillon. Je parle de tout, du gozinakhi, le nougat aux noix et au miel, du gotchi, le petit porc de lait rôti dans les fours à pain, du satsivi, la dinde à la sauce aux noix, et de beaucoup d'autres choses encore, mais satsivi pour l'instant.

Peu après, mon téléphone sonne. Je décroche, c'est un type de la rédaction qui me raconte tout ému que mon allocution, à l'élocution coulante mais collante de toutes ces sauces et de ces délicatesses, lui a rappelé ses souvenirs d'enfance. Oui, lorsque dans son Egypte natale, il mangeait pour le nouvel An la tcherkesseia, une recette de dinde à la sauce aux noix, venant tout droit, comme son nom l'indique, de Tcherkessie, juste au-dessus de la Géorgie. Les Tcherkesses ayant été déportés un peu partout dans le Moyen-Orient au dix-neuvième siècle. Je n'avais donc pas usé de ma salive en vain, puisqu'au moins un heureux homme avait salivé à mon écoute. Une preuve de plus que la cuisine rapproche les peuples, et que c'est beaucoup plus intéressant que le programme nucléaire iranien, par exemple. D'autant plus que j'ai réussi à faire rire la présentatrice du journal qui a dû s'y reprendre à deux fois pour articuler, hé hé, que ce vilain de Saddam avait été pendu, hu hu.

Pour cette année à venir, je souhaite donc à tous de la joie, de la joie et encore de la joie, car c'est la joie et le rire qui nous font croire, gros naïfs que nous sommes, que les mauvais moments que nous passons... c'est rien que de la rigolade.

Bonne année !!!

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Vendredi 29 décembre 2006

Comme il est écrit qu'il n'y a pas de bien sans mal, et comme on sait que dans les plus belles fêtes le destin vient nous rappeler le malheur, dans mon blog à conneries je vais raconter des choses tristes.

Aujourd'hui, à quinze heures, ma voisine s'est pendue dans sa cave. Rassurez-vous, ce n'est pas ma gentille voisine qui me prépare des petits plats et m'engueule quand je ferme mal la porte. Non, celle-là je ne la connaissais pas, ou presque, peut-être un bonjour une ou deux fois, et c'est tout.

Mais son suicide nous a rapprochés d'une manière dont je me serais bien passé. C'est avec mon couteau qu'on a coupé la corde qui la pendait à la poutre, c'est moi qui l'ai transportée jusqu'à l'escalier en attendant que l'ambulance arrive. Moi qui ai touché sa chair flasque et sa nuque brisée, pendant que sa voisine hurlait à travers la cour. Moi qui ai dû transporter son cadavre, les bras ballants, deux étages au-dessus avec les trois hommes qui traînaient dans le coin, c'est-à-dire deux vieux et un jeune au chômage, après que les ambulanciers aient constaté sa mort.

Et j'ai la gerbe, le cafard et les jambes qui flageolent encore. Mais pour moi, ça va bientôt finir. A côté ses enfants viennent d'arriver. C'est eux qui vont souffrir.

Voilà. Désolé de jouer les rabat-joie à deux jours du réveillon mais il fallait que ça sorte.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Mardi 26 décembre 2006

Je hais les retours en Géorgie. Déjà, à l’aéroport, vous avez les grosses dondons qui hurlent et les types à nuque plate qui vous poussent dans la queue pour arriver douzième dans le grand championnat d’enregistrement des bagages. Après, ça piaille, ça rit grassement, dans une langue qui ne vous rappelle que trop bien que vous n'avez pas fait vos devoirs pendant les vacances.

Dans l’avion, il y a toujours devant vous la barrique à khinkalis qui déborde de son siège et vous écrase allégrement les genoux à la moindre occasion. Puis les chauffeurs VIP sur le tarmac, la queue des passeports et la cohue des taxis, cinquante laris en anglais, quinze en géorgien.

La nuit, bien sûr, la vieille pancarte Nemiroff et l’autoroute glauque qui conduit au centre-ville.

Après on m’accueille, on me file un verre de chacha, du pain et du chou mariné, un chocolat parce que c’est Noël, et j’arrête de grogner. Ma voisine vient me souhaiter un « bon retour » tonitruant avant de m’engueuler parce que j’ai pas fermé la porte du palier. Mes chats m’égorgent à coup de griffe avant de me laper amicalement la truffe.

 

 

Ouais, c’est ça. C'est bon d’être de retour chez soi.
Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

W3C

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus