Mardi 17 octobre 2006 2 17 10 2006 08:17

Aujourd'hui, j'ai une envie folle de manger ça :

Oui, le khinkali, mets des pauvres et des puissants, ravioli sacré dont le jus bouillant révèle la vraie nature de votre palais. Ici présenté dans son plus simple appareil, avant cuisson, dans un boui-boui de village nommé "La gifle", tout un programme. Car le khinkali mérite qu'on se batte pour lui. Khinkali stings like a bee.

Au passage, je rappelle à certains fanfarons que j'attends de voir le même résultat en photo.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Dimanche 15 octobre 2006 7 15 10 2006 21:11

Tiens, je mets une photo. Je me suis dit que c'est bien pratique pour faire des mises à jour quand on n'a pas d'idées, et puis ça coûte pas cher.

En plus vous réclamiez. Si, si.

Ce qui me turlupine en ce moment c'est ça :

 

Le métro de Tbilissi donc, en l'occurence la station près de chez moi, "Tavisuplebis Moedani" (Place de la Liberté), qui est en train d'être rénové à la va-comme-je-te-pousse. Comment transformer en dix jours un vieux réseau soviétique, qui garde quand même un certain cachet, en "subway" achté-moderne ? Facile. Plaquez de superbes cloisons de chantier en plastique blanc et gris sur les murs nus, virez le marbre au profit du plexigas, c'est tellement plus chatoyant, et pour finir éclairez le tout à l'aide de magnifiques lampes à UV. Ben oui, les globes en verre poli c'est du passé. 

Un de ces jours je vous montrerai le résultat. C'est bien hideux, mais Tbilissi ressemble tellement plus à une capitale européenne comme ça !

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Samedi 14 octobre 2006 6 14 10 2006 10:35

Dans mon fol enthousiasme de vouloir m'ouvrir au monde, hier soir je suis allé faire le mondain.

Projection d'un film au Festival international du cinéma de Tbilissi, suivie d'une réception au Two-Side, un club branché du centre de la capitale, le programme en jetait. Enfin une bouffe gratuite de qualité après deux semaines à manger des omelettes, et puis le directeur d'Arte, Jérôme Clément himself, serait là.

Bon. Le grand film proposé par notre grande chaîne culturelle aux Géorgiens - à qui faut pas la faire question culture -, c'était "Travaux" avec Carole Bouquet, un condensé de tout ce que la France fait de pire en matière de comédie : une avocate bourgeoise qui défend les sans-papiers, l'amitié entre les peuples parce que "l'immigré c'est sacré", le fils de l'avocate qui fait du roller dans son duplex de 180m² rue François-Miron parce que "c'est buen", sans oublier Carole Bouquet elle-même qui entonne un couplet de rap pour convaincre un commissaire de quartier (Bernard Menez) de libérer un carreleur sans-papiers qui doit se marier le jour même. Le tout avec des moments vachement durs parce que la solidarité avec les Colombiens c'est chaud, surtout quand ils peignent avant de mettre l'enduit. Mais à la fin tout le monde mange du poulet yassa et on a même droit à des effets spéciaux dignes de "L'Attaque de la moussaka géante", quand les assiettes vont se ranger toutes seules dans le lave-vaisselle.

Comme porte-étendard de la production française de qualité en matière de fiction, on fait mieux. En plus Jérôme Clément était même pas là, il y avait qu'un sous-fifre en cravate orange. Le vin était bouchonné et les brochettes riquiqui (trop grasses). La pâte des tartelettes était plastifiée, l'orchestre s'est cassé au bout de vingt minutes, comme la moitié des invités, et on n'a même pas pu danser. Vraiment, les réceptions françaises, c'est la loose.

Mais bon, une soirée à faire la langue de pute avec les copains, ça détend bien les nerfs après un vendredi 13 pluvieux. Et j'ai quand même rencontré des gens que j'avais pas vus depuis longtemps, et avec qui ça m'a bien fait plaisir de parler ! Objectif atteint donc. La prochaine fois, j'essaie de me faire inviter chez les Allemands.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Mercredi 11 octobre 2006 3 11 10 2006 07:23

Ce blog va bientôt avoir un an, mais je ne voulais pas attendre l'anniversaire comme le font bêtement et trop souvent les journalistes que nous sommes.

Non, je veux inaugurer la saison 2 de ma vie en Géorgie, et du blog qui sert à la raconter !

La rupture de cinq semaines, à travers la Turquie, les Balkans et puis la France, n'a pas été anodine. Avant mon départ, presque tous mes amis (du moins les Français) sont partis de Tbilissi. Je suis revenu dans le même appart, mais le souffle d'un vent nouveau et créatif a soufflé en moi...

Je reviens pour remuer, raboter, réparer, détruire, construire, faire reluire. Joindre, oindre, lier, relier, délier et repeindre. Bref plein d'énergie et d'idées, de projets et d'envies... Pour l'instant, après le tournage du pilote (blues de l'arrivée, boulot 24h/24), je me lance dans les premiers épisodes avec les nouveaux personnages.

Déjà je commence par mon appart. Au diable la vieille toile cirée sur la table de la cuisine, le lit pourri sur le balcon, les chaises moisies. Je vais acheter une table en plastique (car le toit du balcon fuit), un canapé en skaï (pour le balcon toujours), récuperer des vieux trucs pour faire des nouveaux, prendre un vrai bureau, cacher l'armoire hideuse de mon salon, tout réorganiser. Avoir une vraie cuisine bien aménagée pour cuisiner plus ! Je m'en voudrais sinon dans un pays où les produits sont si frais et si bons...

Pour les gens, c'est pareil. Je suis plein de bonnes résolutions, je vais rencontrer des journalistes locaux, avoir des vraies relations professionnelles au lieu de rester derrière mon ordinateur. C'est déjà commencé, j'ai rencontré plein de gens nouveaux et je n'ai pas perdu le contact avec mes anciennes connaissances.

Je vais aller plus souvent à la rencontre de ce pays, mieux m'organiser pour plus m'évader, joindre l'utile à l'agréable. Maintenant que je suis équipé de matériel radio, je commence vraiment à m'amuser, prendre des sons, des petits vieux qui chantent dans les villages, des banquets... J'ai oublié que j'aimais la radio, j'étais complexé depuis l'école, ben là je sais que je vais m'éclater. Avec mon nouveau (vieux) Pentax, je suis décomplexé aussi sur la photo, je mitraille à tout va sans avoir peur d'abîmer ou de me faire voler mes beaux Nikon. Je veux garder la trace de ce Tbilissi qui change à toute vitesse.

Et aussi être intraitable sur mon boulot, accrocher une photo d'Anna Politkovskaya au-dessus de mon bureau et foncer. Son assassinat aura eu au moins cette conséquence positive pour ma petite personne : passé le coup de massue au moral, il m'a mis la pêche. Le moins qu'on puisse faire pour cette femme courageuse et incroyablement solide, c'est de suivre son exemple.

Tout ça se verra donc sur mon blog, car c'est là où je voulais en venir : la saison 2 ce sera aussi des mises à jour plus régulières après la sécheresse estivale. Mais je refuse d'alimenter ce blog si je n'ai rien à y dire. Comme ce n'est plus le cas, j'annonce une garde sans chien avec plus de billets, plus de photos, de rigolos, de boulot ! Peut-être même des sons ou des trucs comme ça si je trouve le moyen de créer une interface plus jolie et plus pratique à mettre à jour.

Pour plus de plus, Tbilissimo 2 en avant !

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Dimanche 8 octobre 2006 7 08 10 2006 11:51

Je suis enragé. Enragé de voir ce pays que j'aime tomber si bas. Enragé de voir que la haine, la violence et la bêtise ont libre cours dans les rues de Moscou où l'on chasse les Géorgiens comme on chasserait le faisan ou le sanglier. Enragé de voir qu'une femme admirable est abattue comme une chienne pour avoir eu le courage de ses opinions.

Je voudrais dire toute ma rage mais je ne peux pas. Je ne peux que coller des mots, des concepts vides, des étiquettes standardisées sur mon émotion.

Cet assassinat, ce n'est après tout que quelque chose de très normal. L'homme est bête, cruel et violent, aussi bien qu'il peut être courageux, libre et sensible. Nous le savons tous. C'est même parce qu'il est capable du pire qu'il peut se dépasser. Je passe mon temps à me le répéter. Combien de journalistes, combien d'hommes meurent tous les jours pour avoir refusé de se taire ? Combien d'injustices, combien de cruautés tourmentent le monde, tous les jours ? Et pourtant nous ne sommes pas choqués. Rien ne nous touche jusqu'à ce qu'un proche souffre, jusqu'à ce que nous souffrions nous-même.

Anna Politkovskaya n'était pas mon amie, pas ma femme, pas ma mère. Comme d'autres, j'avais lu ses articles, admiré ses livres, son courage, son impertinence. J'ai voulu rencontrer cette femme, plusieurs fois. Je n'ai jamais réussi à le faire. Il y a deux ans, en septembre 2004, j'étais à Moscou. Elle était à l'hôpital, empoisonnée par les services secrets dans l'avion qui l'amenait à Beslan.

Mais Anna Politkovskaya m'était proche. Elle m'était proche parce que, comme elle, je suis journaliste. Parce qu'elle a lutté contre la dureté de son pays, contre la résignation de sa société, l'à-quoi-bonisme de ses amis. Parce que sa présence était rassurante dans cette Russie que j'aime, et qui glisse doucement vers un chaos ordonné de manière frissonnante. Parce qu'elle me permettait de croire en mon métier, qu'elle était comme un roc d'humanisme, de compréhension, de détermination.

La seule chose que je peux faire, c'est lui rendre cet hommage. Ne pas me contenter de petites gloires. Me réaliser en tant qu'homme, en tant que journaliste. Garder à l'esprit son courage. Et espérer que le peuple russe se réveillera un jour.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Lundi 2 octobre 2006 1 02 10 2006 08:00

Promis promis, bientôt je reprends le rythme des billets réguliers. Pour l'instant avec les Russes et les Géorgiens, on est pas mal occupés, mais j'ai plein de photos à vous montrer et de choses à vous raconter. En attendant, faites comme si de rien n'était, rongez votre frein, et restez impassibles. Vous êtes des grands lecteurs, vous devriez pouvoir le faire.

Un petit bonus pour patienter : c'est l'automne en Géorgie et c'est joli.

 

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Vendredi 22 septembre 2006 5 22 09 2006 09:35

Petit préambule avant de raconter des trucs :

A Riga, quand j'ai parlé en anglais aux gens de peur de les froisser par un vocable impérialiste, on m'a répondu en russe. Quand je suis arrivé à Tbilissi il y a bientôt un an, je parlais en russe et on me répondait en anglais.

J'y comprends rien, moi, à leur ex-Union soviétique.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Samedi 19 août 2006 6 19 08 2006 23:16

Je me souviens de ma première visite à Istanbul . C’était il y a un an, je découvrais l’Orient et ses mystères mystérieux. Et j’en avais gardé l’impression d’une ville totalement bordélique, au trafic délirant et aux constructions sans règles. Pour moi, Istanbul, c’était le parfum excitant de l’internationalisme sulfureux, la ville du chaos.

Depuis j’ai vécu huit mois à Tbilissi.

Et après les trente-quatre heures de bus qui m’ont fait traverser toute la Géorgie et l’Anatolie, je dois dire que j’ai vite changé d’avis. Enfin ! l’odeur de l’Occident qui vous chatouille les narines, la modernité, les feux pour piétons et le code de la route... A vrai dire, je n’ai pas trop reconnu ce que j’avais vu quelques mois auparavant. A côté de Tbilissi, Istanbul est définitivement une ville propre, policée.

Le meilleur exemple : la version locale des marchroutkas, les « dolmus » -dites « dolmouche ». Un modèle de taxi collectif. Il y a neuf places, et si les neuf places sont occupées, pas question de s’arrêter pour prendre un passager supplémentaire. On paie quand on monte, pas quand on descend, et luxe ultime, la porte s’ouvre toute seule quand vous montez, et quand vous descendez. Rien à faire, tout se passe sans vous, on se croirait à Tokyo. Enfin, je ne suis jamais allé à Tokyo, mais ça doit au moins être comme ça. La portière du conducteur n’est pas retenue au minibus par une ceinture de sécurité recyclée, que les passagers ne mettent jamais de toute façon en Géorgie. Un peu comme les marins bretons n’apprenaient pas à nager, parce que ça ne leur servait à rien en cas de naufrage.

 

Bon, maintenant je suis à Belgrade et ça a l’air plus rigolo. Même si tout le monde attend qu’il n’y ait pas de voitures pour traverser les rues. Ca me perturbe.

 

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Jeudi 10 août 2006 4 10 08 2006 14:42

Je dois vous faire une confession. Me délivrer de ce secret, de ce fardeau, expier devant tous afin que les dieux de la route me pardonnent et m'accordent leur bénédiction avant que je parte en voyage (oui parce que je pars en voyage). J'ai découvert, ces derniers temps, une vérité terrible sur moi-même, qui me colle depuis à la peau, surtout par cette chaleur : je suis chevènementiste avec les taxis.

Comprenez-moi, je ne l'ai pas fait exprès. Après huit mois passés dans ce pays, à parler en russe aux pauvres marchandes de chaussettes, à agresser mon épicière dans la langue de l'envahisseur, je me suis décidé à me mettre au géorgien. C'est tout ce que j'ai fait, et je pensais bien m'en tirer, jusqu'à ce que j'essaie de faire le malin avec les taxis. Et là, catastrophe.

Je me suis rendu compte que je ne savais dire ni "gauche", ni "droite". Que je n'avais, autrement dit, aucun positionnement géographique, donc politique, fort. Jugez en vous-même : gauche se dit "martskhniv" et droite, "mardjvniv". Donc moi, pas gêné, je dis quelque chose comme "martjvkhniv". Au bout de quelques jours, je me suis rendu compte, horrifié, que c'était exactement comme si je disais "à droche" ou "à gouate" en permanence. Comme le ferait le plus fidèle des suppôts de notre ancien ministre de l'Intérieur.

Les pauvres chauffeurs, qui aiment souvent Le Pen parce qu'il veut bouter les Arabes hors de France, seraient bien marris que je leur offre l'alternative molle d'un Chevènement à bout de souffle. Mais bon, tant qu'ils ne seront pas au courant, et tant que les facteurs ne me demanderont pas leur chemin, je ne risquerai pas ma vie à l'arrière des taxis.

 

P.S. : comme je le disais plus haut, je pars vadrouiller quelques semaines en Europe de l'Est, puis en France. Les mises à jour risquent donc de se faire rares. Bisous à tous.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Lundi 31 juillet 2006 1 31 07 2006 20:22

Tiens, ça faisait longtemps que j'avais pas mis de photos. Faut dire que depuis quelques temps je me remets à photographier en argentique et c'est galère à mettre en ligne. Je profite donc d'avoir fait récemment un reportage à Soukhoumi, la capitale de la république indépendantiste d'Abkhazie (indépendante de fait mais toujours rattachée à la Géorgie de jure, je précise pour les espions qui me surveillent), pour vous montrer quelques clichés. Dont LA photo parue dans Libé qui a assuré ma gloire pour les siècles des siècles. Enfin, qui m'a au moins assuré une bonne crampe des zygomatiques à force de sourire comme un con devant mon journal.

Et puis j'ai rajouté des petites vignettes sur les autres albums, ça fait joli, et ça apporte un peu de gaîté à ce blog quelque peu austère. Mais bon, je vais pas faire un design léché non plus, on n'est pas là pour beurrer les sandwiches. Non mais.

 

Pour les photos c'est donc dans la colonne de gauche ou par

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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