Vendredi 7 avril 2006 5 07 /04 /Avr /2006 14:05

Promis promis, bientôt une note avec une analyse brillante de l'influence de la variété française sur l'industrie musicale géorgienne.

En attendant j'ai eu plein de boulot, rencontré des tas de gens amusants comme le directeur du FMI en Géorgie, plein de flics stupides comme à la Chancellerie où on m'a retenu un quart d'heure à cause de mon dictaphone mp3 qui -vu leur air suspicieux- possède certainement quelque ressemblance avec le nouveau laser à impulsion électronique du Mossad, marché dans la boue au marché de Lilo, patiemment écouté des économistes dépressifs.

Le plus incroyable dans tout ça, c'est que je n'ai pas encore mangé de khinkalis.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Mercredi 29 mars 2006 3 29 /03 /Mars /2006 14:48

Il aura fallu que j'aille en Ukraine pour l'apprendre. Désormais, je devrai vivre avec cette terrible vérité : tout les peuples ne sont pas égaux face à la boisson, il y a une différence génétique entre les Slaves et les hommes normaux. Par contre elle ne fonctionne pas comme on pourrait le penser : en fait, les pauvres Russes, Ukrainiens et même les Polonais sont démunis par rapport à nous. Génétiquement, ils ne supportent pas l'alcool ! Du coup, ils doivent boire pour oublier à quel point ils sont fragiles. Je l'ai appris de la bouche d'un type dans le train-couchettes de Kiev à Donetsk. Et comme tout le monde le sait, la vérité sort de la bouche des trains-couchettes.

Ce brave Andrei (ou était-ce Alexandre ?), ce brave Ukrainien donc, m'a expliqué, chiffres à l'appui, pourquoi c'était super d'être Européen de l'ouest pour pouvoir se soûler en restant classe. Un Français ou un Allemand moyen, m'a-t-il dit, peut ingurgiter sans dommage cinq litres de vin dans la soirée, alors que le pauvre Moscovite de base devra se limiter à trois litres seulement. Bigre. La dernière fois que j'ai bu cinq litres de vin, j'ai mis une demi-heure à retrouver le métro Porte de Clignancourt.

Mais, glissé-je pernicieusement, trois litres de vin seulement, d'accord, et combien de litres de vodka ensuite ? Ha ha, paf le Cosaque, un chtard dans le morpion, me dis-je, satisfait. Eh bien non. Leur foie (quel foie ?) ne le supporterait pas. D'ailleurs, lui-même ne pouvait pas se soûler plus de quatre jours de suite, la preuve. Et d'enchaîner, comme depuis le début de la soirée, sur des histoires de poivrots. Voilà, je le crie désormais à la face du monde civilisé : bourrez-vous la gueule, sablez-vous le ciboulot tant que vous le pouvez, vous ne risquez rien. Puisqu'on vous le dit, c'est gé-né-tique.

Je ne vous dirai pas le nombre de découvertes scientifiques que j'ai faites dans ce train, comme d'apprendre que la bière n'est pas considérée comme une boisson alcoolisée en Ukraine ou en Russie "parce qu'elle ne contient qu'un ou deux pour cent d'alcool" (décidément, ces opticiens sont tous des arnaqueurs), ou de réaliser à quel point il faut rester concentré pour pas tomber quand la couchette est installée parallèlement au train, et qu'il y a 50% de chances de plus d'attraper un rhume quand elle se trouve contre la fenêtre tout du long (sacrés Ukrainiens !)... Bref un voyage avec des morceaux de pédagogie dedans, et tout plein d'intérêt pour la connaissance de dedans le cerveau.

Oui, à part ça, sinon il y a eu des élections.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Lundi 20 mars 2006 1 20 /03 /Mars /2006 10:54

Ce matin en revenant de mon cours de russe, j'ai été bien puni de mes médisances répétées sur la mégalomanie géorgienne. Alors que j'achetais innocemment une bouteille de tkhémali (sauce pimentée), un petit vieux s'est approché de moi en me demandant : "German ?" "America ?" "No no" que je lui dis, "je suis frantzouski".

"Ah !", s'exclame-t-il en me serrant le bras, l'oeil étincelant d'émotion, "je salue le peuple français ! Le peuple français est un grand peuple !". "Ah mais euh", bégaie-je en tentant de lui rendre la pareille, "mais les Géorgiens aussi...". Le petit vieux m'interrompt en souriant. "Nous ? Allons, nous sommes tout petits."

La vache ! Un Géorgien modeste. Je suis estomaqué ! Du coup j'essaie de surenchérir, de dire qu'on a fait des trucs pas bien en Afrique, mais trop tard. Mon marchroutka arrive, et je me retrouve pour une fois défait dans le potlatch des nations.

 

 

PS : Si tout va bien je pars cette semaine en Ukraine pour couvrir les élections... A la semaine prochaine donc !

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Dimanche 19 mars 2006 7 19 /03 /Mars /2006 13:20

Il est une chose que l'on ne peut pas contester aux Géorgiens : ils savent boire, et avec la manière. Mais à tout seigneur tout honneur, commençons par la fin : il me faut d'abord rendre hommage, en cet après-midi de gueule de bois, à l'élixir magique, au médicament universel anti-casquette en chêne que l'on trouve ici. Si, si, il existe, et, incroyable, ce sont les Géorgiens qui l'ont inventé. Ou trouvé sur leur terre, qui, comme je l'ai déjà expliqué ici, était prévue pour Dieu au départ. Ce remède pétillant, cet apaisement de la glotte inégalé s'appelle la Nabeghlavi (prononcer Nabérhlavi).

C'est une eau minérale, et honnêtement, il est difficile d'imaginer a priori qu'elle soit naturelle. Mais si. Se présentant d'abord sous la forme inoffensive d'un liquide reposé et repu, elle se met à bouillir dès qu'on entrouve le bouchon. A côté, les bulles de la Vichy-St-Yorre font figure de pets de verre de terre dans sa mare. La première gorgée est toujours difficile. Le palais souffre en premier, et une fois qu'on a réussi à mâcher les vingt grammes de soufre et de bicarbonate (eh oui), c'est un feu d'artifice dans l'oesophage. Puis, après un processus difficile dont je tairai les détails par souci de ménager les âmes sensibles, on se sent vachement mieux. Vive la Nabeghlavi !

C'est donc l'ingrédient essentiel d'un banquet géorgien réussi, enfin de la réussite de ses conséquences. Prenons un exemple au hasard. Il y a deux semaines, un match de rugby du Tournoi des six nations B, Géorgie-Portugal. On va le voir au stade Dynamo de Tbilissi, avec des anciens de l'équipe nationale. Bières, graines de tournesol, tout commence bien. Les Portugais se font écraser 40-0, du coup on va fêter ça au resto.

Tout est normal, sur la table de vingt, les serveurs apportent le fromage, les olives, le pain. Et la vodka. Aïe. C'est bizarre, pourtant d'habitude les Géorgiens boivent du vin, non ? Oui, mais ils boivent aussi de la vodka, et pas qu'un peu, vu que c'est la troisième mi-temps, et que même s'ils ne sont pas vraiment manchots, ce que les rugbymen géorgiens savent le mieux faire, c'est bien la troisième mi-temps ! Quelques khinkalis, kababis (de la viande hachée enroulée dans une galette aux oignons et aux épices, du kebab luxe, quoi), et toasts épicés plus tard, tout le monde est gai et les Géorgiens, forcément, se mettent à chanter. Et comme on est quelques Français, forcément, il faut faire un concours international. Re-aïe. Je sais pas si les Géorgiens participent à l'Eurovision mais pour les chants de beuveries, ils sont très forts les saligauds.

Et c'est parti pour une heure de chants polyphoniques à te tirer la larme de derrière le nerf optique, à faire pâlir de jalousie I Muvrini (en passant, ce sont les Géorgiens qui ont inventé les chants corses). Puis vient le fatidique "Allez, à vous les Français !" Regards hésitants, sourires gênés, puis d'un commun accord, nous entonnons "Fanchon", histoire d'essayer de gueuler plus fort qu'eux. C'est rigolo, comme on chante tous faux, mais avec des timbres différents, ça fait presque polyphonique. Là-dessus, on se fait encore écraser par dix minutes de recueillement sonore. Allez, tentons "Chevaliers de la table ronde" ! La distinction française sera toujours plus forte. Bref, une fois que nous avons épuisé tout notre répertoire commun, nous n'avons plus eu qu'à admirer comment des mecs bourrés qui ont dû se taper deux bouteilles de vodka chacun arrivent à vous retourner les tripes par leurs chants. Avant de se retrouver on ne sait comment, quelques heures plus tard, à s'embrouiller vaguement avec un des serveurs du restaurant dans la rue. Sinon c'est pas drôle.

Au passage, la troisième mi-temps a duré neuf heures. De 16 heures à 3 heures du mat. De quoi finir avec une belle gueule de contre-plaqué. Heureusement qu'il y a la Nabeghlavi !

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Dimanche 12 mars 2006 7 12 /03 /Mars /2006 18:49

Ca fait quelques jours que je bosse pas mal, alors j'ai pas trop le temps de publier une nouvelle note. Mais j'ai plein de sujets en tête, et mardi promis je fais quelque chose. Pour patienter un petit discours de notre ami Micha sur Bakouriani (c'est en anglais mais les Géorgiens parlent le langage de la vérité, vous comprendrez forcément).

Georgian president makes bombastic speech on tourism, sport
Imedi TV

[Saakashvili, wearing skiing suit, addressing crowd of mostly young people] Greetings to you all. I want to say how pleased I am that we are finally starting to resemble and be better than normal European countries. (...)
I want to tell you one thing. Georgia has gold mines. We are still a country where there are very many people in hardship. But you also know full well that we have resorts that are the best in Europe - Bakuriani and Gudauri. By the way, we also have Mestia and many other places where downhill skiing can develop and where many tourists can come.

As early as September, for the first time in Georgia, we will have a European-standard airport in Tbilisi, which means that any foreign tourist can come and bring money into Bakuriani households and Bakuriani residents' pockets. They will come together with you [Georgian visitors], and we will become a normal European resort like Austrian, Swiss and other European resorts.

We are not inferior to anyone. There are very few downhill skiing resorts in the world. These resorts are Georgia's gold mine. This is our mine now. Do you want it to be used by all of us for the benefit of our country? [cheers of approval] We will do this all together.

Georgia is a country for tourism, the best country. They can talk as much as they want about a war breaking out here tomorrow and troubles and disturbances starting after that - nothing like that will happen. We are a normal, settled, fun-loving and clever people who like a very good life. No matter what problems we have, we will get our country on its feet, we will turn our resorts into - [changes thought] I have been to resorts across the whole of Europe. I go to conferences and various other events as president and I have seen them all. None is better than Bakuriani and none is better than Gudauri.

(...)

I want to tell you - [changes tack] Where is our skier Abramishvili? Where is he? Let him come here. Two days ago I received our [figure] skater Elene Gedevanishvili. [Abramishvili appears] Come here. This boy competed against 100 people who have their personal psychologists, their personal psychotherapists, their own people applying some kind of stuff to skis, several personal trainers. He beat them all [as heard] and finished 29th in a field of 100 people. This is very little, but how old are you? [Abramishvili answers] He is just 17. [Applause]

Our other skier [as heard] Elene Gedevanishvili, whom I received two years [as heard] ago - [changes tack] The Russians trained her and told her that she should become a Russian citizen if she wanted to continue her career. We told her, leave these Russians alone, we will hire the best American trainer for you, will pay you money and will give you a scholarship. Go, learn and win a gold medal for Georgia, or silver, or gold - we will be happy with any medal because we are a sporting state, we are a state with a healthy spirit, healthy physical training.

We are as good as anyone else, as good as the Austrians, as good as the Swiss, as good as the Germans, as good as the Swedes, Norwegians or Russians because we have the most beautiful resorts, the most beautiful mountains, the most clever people, the most daring young people, and we can achieve the most. Is that right? [applause]

That is why this year we, the Georgian authorities, will build - together with businessmen - several new ski lifts and several new runs for you. We will fight for the Olympics to be held here. Let's hope it will be held here. If not, that would be no problem either. You must know that it is not the main thing for us to produce world and Olympic champions or to produce new Abramishvilis and Gedevanishvilis. The main thing is for all of us to be healthy, sensible, happy and fun-loving people confident in our own abilities. [cheers of approval]

In the last two years we built more roads than were built in [the preceding] 30 years. We have built more ski lifts than were built in [the preceding] 40 years. We have built more sports routes [as heard] than were built throughout the Soviet period. That is because we are free. We know one thing, which is no-one will be able to humiliate us and laugh at us any longer. Despite continuing attempts, they will no longer be able to recruit our athletes. We will teach everyone that we are Georgians, we are strong, we are sporting people, we are successful, we are modern people, we are Europeans, and the strongest Europeans in Europe. [applause, cheers]

(...)

People, why are we inferior to anyone? Why should we be going on to a skating rink in order to lose? Why should we go on to a football field merely to lose? Why should we go on to a ski run merely to lose? Are our ski runs inferior to anyone else's? Why should we go on to any other arena, battlefield or contest merely to lose? Are we inferior to anyone?

We are being told that we should move away to the edge and they will do everything for us. I'm sorry, but that won't do. They were trying to get in our way. Do you know what freedom is? When no-one gets in your way and you fully achieve the goal you have set yourself. We should show the whole world that we are Georgians - when I say Georgians, I mean Georgians, Georgian Azeris, Georgian Armenians, Georgian Ossetians, Georgian Abkhaz, Georgian Jews, Georgian, I don't know, Americans, Dutch and so on - and that we are the strongest. [applause] We are the strongest, are we not? I always suspected that .

I promise you, I promise you that there will be artificial snow machines in Bakuriani as early as this autumn, there will be a new run, there will be a new ski run, there will be a new ski lift in Gudauri, there will be hundreds of new grounds for our footballers, basketball players, wrestlers and so on. The rest - [changes tack] I will do everything possible for you and we will do everything possible for you. The rest - you are here, the strongest Georgians - the rest is up to you. [cheers, applause]

Forward to future victories together with you. Thank you.

hu hu hu

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Vendredi 3 mars 2006 5 03 /03 /Mars /2006 08:53

Voilà quelques photos de Kazbegi comme promis... C'est quand même vachement beau, dès que j'y peux, j'y retourne.

C'est ici ou dans la colonne de gauche.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Jeudi 2 mars 2006 4 02 /03 /Mars /2006 11:36

C'est dans les endroits les plus improbables qu'on fait les meilleures rencontres. Dans ce vallon niché au creux d'une superbe gorge géorgienne de Kazbegi, à deux cents mètres du poste-frontière avec la Russie, par exemple. Il a fallu marcher d'abord quinze kilomètres sur l'autoroute militaire - l'autoroute la plus sûre du monde pour un piéton, du moins par rapport au nombre de voitures qui risquent de l'écraser; ceux qui roulent ignorent forcément moins les carcasses de bus au fond des ravins et les stèles funéraires régulièrement disposées le long de la piste verglacée. Eh bien dans ce vallon donc, j'ai rencontré Jésus. Enfin, un de ses représentants sur Terre en tout cas.

Ce charmant moine nous a expliqué, au milieu de pylônes de béton hérissées de barres de fer rouillées, qu'on érigeait là un "complexe monastérial" qui devrait, d'ici quelques années, compter pas moins de trois églises, un hôtel et les restes de deux ou trois martyrs géorgiens, sans oublier, bien sûr, la résidence du patriarche Ilia II et de Micha, au cas où ce dernier voudrait passer ses vacances de Pâques dans une atmosphère saine et spirituelle. Ils pensent à tout ces moines.

Et Dieu dit : "Que la résidence présidentielle soit"

Dans une vague cabane de chantier tapissée de bâches bleues qui sert de chapelle provisoire, il nous a montré avec fierté les grandes icônes qui sont tellement impatientes d'être accrochées dans l'église flambant neuve qu'elles saignent des croix et suintent des visages de la Vierge Marie sur la vitre qui les recouvre. La plus grande d'entre elles représente les principaux saints de la Géorgie - Sainte Nino, qui a évangélisé le pays, Saint Georges, le saint patron, les archanges Michel et Gabriel, et bien sûr Marie qui, sympa, a convaincu Dieu de filer le bout de paradis qu'il s'était gardé sur Terre aux Géorgiens (arrivés en retard, comme d'habitude, à la distribution des terres aux peuples du monde). Eh bien figurez-vous qu'elle a été peinte et brodée par un garçon de dix-huit ans qui ne savait pas dessiner ! Et qui a vu l'image en rêve, et l'a peinte le lendemain. "Maman, Papa, j'ai vu une icône en rêve ! Vite, donnez-moi des crayons de couleur !"

Le plus important est que le moine est convaincu que grâce à la résidence présidentielle, Vladimir Poutine et Micha pourront venir parler de paix et d'amour des hommes dans un vrai bâtiment chrétien, le tout juste à côté de la frontière. Pratique. Si seulement les hommes politiques pouvaient écouter les moines plus souvent...

 

P.S. : Sinon, pas si loin de la Géorgie, il y a l'Inde. Et c'est l'Inde que j'ai choisi pour fêter en images la naissance de l'auteuse de mes jours  :

Bon anniversaire Maman !

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Samedi 25 février 2006 6 25 /02 /Fév /2006 09:23

Toujours plus avide de sensations fortes et d'authentique, je me suis attaqué, après les marchroutkas en ville, aux marchroutkas à la campagne. A la montagne, plus précisément.

Mercredi avec Benoît, nous avons pris notre courage et notre baluchon à deux mains pour partir à Kazbegi, tout au nord de la Géorgie, à la frontière russe - de l'autre côté, Vladikavkaz, Beslan, un coin charmant -, accessible par un col unique à 2400 mètres d'altitude, la plupart du temps pris par la neige, du moins l'hiver. Mais, et c'est le must, accessible par une autoroute, l'Autoroute militaire de Géorgie.

A vrai dire, je ne sais pas s'ils comptent réellement l'utiliser un jour à des buts militaires. Ou alors, c'est qu'ils ont déjà fait passer une colonne de tanks dessus, et qu'elle n'a pas supporté. Parce que quand on se retrouve au sommet du col, sur cette sente glacée et ravinée où les cailloux se battent en duel avec les congères, et que, comble du malheur pour une marchroutka géorgienne, on n'arrive plus à doubler, il est réellement permis de douter que l'on se trouve sur une autoroute.

Tout commence pourtant bien. On part de Didube, la gare routière de Tbilissi, on trouve le bon véhicule, et on s'attaque à une huit-voies, oui madame, qui nous emmène droit vers le nord, en passant par Mtskheta, l'ancienne capitale de la Géorgie, son monastère perché sur un nid d'aigle, ses vaches et ses petites vieilles. C'est justement après Mtskheta que ça se corse. C'est à deux voies que l'on passe au-dessus du splendide réservoir de Jinvali, et que l'on continue à grimper après Pasanaouri dans les montagnes du Grand Caucase.

Et forcément en février, il y a de la neige. Et malgré le grand beau temps que nous avons eu pendant trois jours, enchaîner les nids de poules verglacés sur une route de la largeur de notre marchroutka procure au petit Occidental de base le frisson de l'aventure au grand air. Surtout quand au retour, on est bloqué trois heures au pied du col de Jvari (le col de la Croix) à cause des risques d'avalanches, et qu'on doit se réfugier dans une stolovaia servant haricots et café au milieu d'une brochette d'authentiques beaux bébés des montagnes.

Le plus rigolo étant de passer par des tunnels qui vous font demander pourquoi donc les Géorgiens ont été foutre des grottes de Lascaux sur une route à 2000 mètres d'altitude. Parce que bien sûr, les tunnels ne sont pas éclairés, ça ne serait pas drôle sinon. Et les marchroutkas ont des phares de 40 watts, ça serait de la triche autrement. Il y a toujours un petit côté piquant à voir la lumière au bout du tunnel - légèrement obstruée par des congères de chaque côté, laissant se dessiner dans la blancheur éclatante du décor les doux contours du chasse-neige géorgien. Et je dois dire que je ne suis pas peu fier d'avoir traversé mon premier tunnel intégralement tapissé de neige.

La suite se passe à pied, au coeur des gorges caucasiennes en direction de la frontière russe. Mais comme Benoît est toujours ici, j'abrège pour aujourd'hui. Demain ou dans la semaine, la suite de nos aventures à Kazbegi (un coin magnifique au demeurant). Et des photos.

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Lundi 20 février 2006 1 20 /02 /Fév /2006 20:39

Je sais, je sais, vous vous attendiez à une nouvelle note désopilante et débordante de perspicacité expatriée... mais aujourd'hui pas d'inspiration et puis Benoît, mon ami de vingt ans, est arrivé hier soir à Tbilissi, donc pas le temps non plus.

Pour vous faire patienter je vous mets quelques photos (à gauche, dans les albums) que j'ai prises en décembre. Dans la semaine j'en mettrai d'autres, et puis comme on devrait tourner un peu dans le pays avec Benoît j'aurai d'autres choses à raconter. En attendant la suite de mes aventures, tintin ! (en Géorgie)

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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Lundi 13 février 2006 1 13 /02 /Fév /2006 14:44

Impossible de se débrouiller en Géorgie, pour les menus et les grands travaux - à moins de posséder les talents de McGyver et Lucky  Luke réunis - sans passer par l'intermédiaire d'un master (prononcer mastière, avec l'accent sur le "a"). Attention, il ne s'agit pas du type bardé de diplômes exhibant une thèse en mécanique des fluides cloacaux, ou du premier doctorant en tectonique des tuiles venu. Non, cet homme est le solutionneur universel - celui qui sait.

Un problème de fuite sous l'évier ? Un défaut de charpente ? N'appelez ni plombier ni couvreur. Il vous faut un master. Une femme de ménage ? Non, un master de surface. Pour votre portable sans portée, votre réseau à zéro, votre moteur maté, un master

Jusqu'à présent pour moi ils n'étaient qu'une rumeur. Eh bien ce week-end, je les ai rencontrés. Victime d'un dégât des eaux dans le plafond de ma chambre, j'ai eu la chance d'accueillir dans mon humble demeure le premier master de ma vie. Même si je n'avoue pas avoir compris pourquoi il venait d'abord refaire l'enduit de mon plafond avant qu'un autre ne jette le lendemain un coup d'oeil au toit - histoire de réparer la fuite de l'extérieur -, j'ai dû bien vite me ranger à l'enthousiasme emprunt de gravité de mon propriétaire.

"C'est un master. C'est le meilleur. Il sait tout", m'a-t-il dit d'un air entendu. Ah bon, ai-je opiné de la tête, tout en me demandant s'il ne serait peut-être pas plus raisonnable d'attendre au moins quelques heures avant de repeindre par-dessus l'enduit. Voire de refaire carrément tout le plafond, une solution raisonnable face à un trou de quarante centimètres de large. C'était sans compter l'aura de dévotion extrême, qui ne souffre aucune contradiction, dégagée par un master en action. J'ai donc eu le bonheur aujourd'hui d'accueillir la première fissure sur mon plafond refait à fond. Plafonneur plafonné ou propriétaire peu prêteur ? Laissons le mystère au master... Et le dernier mot à la novlangue professionnelle, qui a ceci d'implacable en Géorgie qu'elle s'étend à tous les domaines de la vie (je parlerai un jour de l'engouement pour l'evroremont - tout ce qui désigne les "standards" européens).

La gastronomie n'y échappe pas. Je vous ai déjà parlé du khinkali, ce ravioli à la viande rempli de bouillon, que l'on mange brûlant et sévèrement poivré. Ah, combien de noms poétiques et évocateurs pourrait-on trouver pour les restaurants spécialisés dans ce plat national, qui fait la fierté de la Géorgie : "Au bon khinkali", "Le khinkali de grand-maman" ou encore "La folie du khinkali"... Mais ici on ne rigole pas avec le professionnalisme. On préfère parler du "Centre Khinkali" ou du "Khinkali d'élite", et je m'attends, terrorisé, à chaque nouveau coin de rue, dans chaque impasse encore inconnue, à croiser un jour cette enseigne fatidique : "Khinkali master".

Par Emmanuel - Publié dans : tbilissi
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