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Il est grand temps maintenant que je le dise. Si je n'ai pas écrit sur ce blog ces derniers temps, ce n'est pas parce que mon fournisseur d'accès branlait du serveur (quoique). Ce n'est pas parce que je n'avais pas d'inspiration, parce que mon chat m'avait quitté, que je n'étais plus vraiment kikoo lol.
C'est parce que la Géorgie, j'en avais marre. Marre de ne pas pouvoir trouver de vrai ami sans devoir me bourrer la gueule tout le temps. Marre de rabâcher les mêmes thèmes, d'être l'éternel
invité et d'écouter les mêmes toasts à la France et à son équipe de foot qui compte tout de même un peu trop de nègres. Triste de voir un peuple se plaindre de l'impérialisme russe sans se rendre
compte de sa propre tendance à l'impérialisme, pour les peuples encore plus petits. Triste de voir un si beau pays se diriger à nouveau vers la guerre. Mortifié de voir ma propre vésicule
biliaire s'atrophier et refuser -peut-être à ma place- la chère géorgienne. Comme l'a si justement dit notre grand poète Boby Lapointe, j'avais mal vers l'aine.
Je ne voulais donc plus rien écrire - je ne pouvais plus rien écrire, dans la veine tragicomique qui a fait mon succès sur les moteurs de recherche. Je trouvais simplement mes mots gris
et aigris, à côté de la plaque. L'humour a ses limites et l'on passe vite de l'ironie au sarcasme...
J'ai tout simplement décidé de soigner le mal par le mal. Je suis parti en Khevsourétie, une nouvelle fois, pour faire un reportage sur une fête ancienne, à moitié païenne, où les montagnards
égorgent des béliers dont ils mangent la viande au cours de libations à la bière et au tord-boyaux. J'ai bu, j'ai re-bu, et j'ai libu, aussi. J'ai laissé ma vésicule au garage, et j'ai ressorti
mes plus beaux toasts géorgiens. Je me suis laissé embrasser par des inconnus qui me disaient leur frère en sachant que je ne les reverrais plus. Et le bonheur, décuplé par celui
d'être dans des montagnes sublimes, coupées de la civilisation, ne m'a pas quitté pendant ces quelques jours. Parce qu'en effet, ces hommes que je croisais étaient mes frères d'un jour. Je savais
leurs défauts mais je n'ai écouté que le reste. Ecouté leurs chants et leurs prières.
Et hier soir, rentrant chez moi à Tbilissi après avoir bu un pot avec une amie, j'ai entendu dans la rue des chansons. De très belles chansons, de ces polyphonies qui vous figent le
coeur. J'ai hésité, puis, fort de ma connaissance de l'hospitalité géorgienne, et d'un peu de vin blanc dans les veines, je suis entré dans la cour, voisine de ma maison, d'où provenaient les
chants. J'ai ouvert le portail, gravi l'escalier, et frappé à la porte. L'homme qui m'a ouvert, je le connaissais. C'était Aleko, le neveu d'Irma, mon ancienne traductrice. Je savais qu'il
habitait cette cour, mais parmi la trentaine de logements qu'elle compte, il fallait vraiment une sacrée chance... Et cette chance je l'ai savourée d'autant plus que je savais très bien que
n'importe quelle autre famille m'aurait ouvert sa porte et invité à sa table, à partager sa nourriture et son vin.
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