Le maître et ma guérite

Publié le par Emmanuel

Impossible de se débrouiller en Géorgie, pour les menus et les grands travaux - à moins de posséder les talents de McGyver et Lucky  Luke réunis - sans passer par l'intermédiaire d'un master (prononcer mastière, avec l'accent sur le "a"). Attention, il ne s'agit pas du type bardé de diplômes exhibant une thèse en mécanique des fluides cloacaux, ou du premier doctorant en tectonique des tuiles venu. Non, cet homme est le solutionneur universel - celui qui sait.

Un problème de fuite sous l'évier ? Un défaut de charpente ? N'appelez ni plombier ni couvreur. Il vous faut un master. Une femme de ménage ? Non, un master de surface. Pour votre portable sans portée, votre réseau à zéro, votre moteur maté, un master

Jusqu'à présent pour moi ils n'étaient qu'une rumeur. Eh bien ce week-end, je les ai rencontrés. Victime d'un dégât des eaux dans le plafond de ma chambre, j'ai eu la chance d'accueillir dans mon humble demeure le premier master de ma vie. Même si je n'avoue pas avoir compris pourquoi il venait d'abord refaire l'enduit de mon plafond avant qu'un autre ne jette le lendemain un coup d'oeil au toit - histoire de réparer la fuite de l'extérieur -, j'ai dû bien vite me ranger à l'enthousiasme emprunt de gravité de mon propriétaire.

"C'est un master. C'est le meilleur. Il sait tout", m'a-t-il dit d'un air entendu. Ah bon, ai-je opiné de la tête, tout en me demandant s'il ne serait peut-être pas plus raisonnable d'attendre au moins quelques heures avant de repeindre par-dessus l'enduit. Voire de refaire carrément tout le plafond, une solution raisonnable face à un trou de quarante centimètres de large. C'était sans compter l'aura de dévotion extrême, qui ne souffre aucune contradiction, dégagée par un master en action. J'ai donc eu le bonheur aujourd'hui d'accueillir la première fissure sur mon plafond refait à fond. Plafonneur plafonné ou propriétaire peu prêteur ? Laissons le mystère au master... Et le dernier mot à la novlangue professionnelle, qui a ceci d'implacable en Géorgie qu'elle s'étend à tous les domaines de la vie (je parlerai un jour de l'engouement pour l'evroremont - tout ce qui désigne les "standards" européens).

La gastronomie n'y échappe pas. Je vous ai déjà parlé du khinkali, ce ravioli à la viande rempli de bouillon, que l'on mange brûlant et sévèrement poivré. Ah, combien de noms poétiques et évocateurs pourrait-on trouver pour les restaurants spécialisés dans ce plat national, qui fait la fierté de la Géorgie : "Au bon khinkali", "Le khinkali de grand-maman" ou encore "La folie du khinkali"... Mais ici on ne rigole pas avec le professionnalisme. On préfère parler du "Centre Khinkali" ou du "Khinkali d'élite", et je m'attends, terrorisé, à chaque nouveau coin de rue, dans chaque impasse encore inconnue, à croiser un jour cette enseigne fatidique : "Khinkali master".

Publié dans tbilissi

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nyl 20/02/2006 00:15

coucou!
 

Sarah 13/02/2006 23:37

Ah bah ! C'est assez dingue de voir les jeux de mots foireux que tu fais avec ton titre : digne des romans du Poulpe.POUR CIGOGNE LE GLAS par exemple (Tous les titres)Sinon, sympa sympa sympa...Tu prends des photos de ces enseignes au moins ?