Marchroutkrève, le retour

Publié le par Emmanuel

Toujours plus avide de sensations fortes et d'authentique, je me suis attaqué, après les marchroutkas en ville, aux marchroutkas à la campagne. A la montagne, plus précisément.

Mercredi avec Benoît, nous avons pris notre courage et notre baluchon à deux mains pour partir à Kazbegi, tout au nord de la Géorgie, à la frontière russe - de l'autre côté, Vladikavkaz, Beslan, un coin charmant -, accessible par un col unique à 2400 mètres d'altitude, la plupart du temps pris par la neige, du moins l'hiver. Mais, et c'est le must, accessible par une autoroute, l'Autoroute militaire de Géorgie.

A vrai dire, je ne sais pas s'ils comptent réellement l'utiliser un jour à des buts militaires. Ou alors, c'est qu'ils ont déjà fait passer une colonne de tanks dessus, et qu'elle n'a pas supporté. Parce que quand on se retrouve au sommet du col, sur cette sente glacée et ravinée où les cailloux se battent en duel avec les congères, et que, comble du malheur pour une marchroutka géorgienne, on n'arrive plus à doubler, il est réellement permis de douter que l'on se trouve sur une autoroute.

Tout commence pourtant bien. On part de Didube, la gare routière de Tbilissi, on trouve le bon véhicule, et on s'attaque à une huit-voies, oui madame, qui nous emmène droit vers le nord, en passant par Mtskheta, l'ancienne capitale de la Géorgie, son monastère perché sur un nid d'aigle, ses vaches et ses petites vieilles. C'est justement après Mtskheta que ça se corse. C'est à deux voies que l'on passe au-dessus du splendide réservoir de Jinvali, et que l'on continue à grimper après Pasanaouri dans les montagnes du Grand Caucase.

Et forcément en février, il y a de la neige. Et malgré le grand beau temps que nous avons eu pendant trois jours, enchaîner les nids de poules verglacés sur une route de la largeur de notre marchroutka procure au petit Occidental de base le frisson de l'aventure au grand air. Surtout quand au retour, on est bloqué trois heures au pied du col de Jvari (le col de la Croix) à cause des risques d'avalanches, et qu'on doit se réfugier dans une stolovaia servant haricots et café au milieu d'une brochette d'authentiques beaux bébés des montagnes.

Le plus rigolo étant de passer par des tunnels qui vous font demander pourquoi donc les Géorgiens ont été foutre des grottes de Lascaux sur une route à 2000 mètres d'altitude. Parce que bien sûr, les tunnels ne sont pas éclairés, ça ne serait pas drôle sinon. Et les marchroutkas ont des phares de 40 watts, ça serait de la triche autrement. Il y a toujours un petit côté piquant à voir la lumière au bout du tunnel - légèrement obstruée par des congères de chaque côté, laissant se dessiner dans la blancheur éclatante du décor les doux contours du chasse-neige géorgien. Et je dois dire que je ne suis pas peu fier d'avoir traversé mon premier tunnel intégralement tapissé de neige.

La suite se passe à pied, au coeur des gorges caucasiennes en direction de la frontière russe. Mais comme Benoît est toujours ici, j'abrège pour aujourd'hui. Demain ou dans la semaine, la suite de nos aventures à Kazbegi (un coin magnifique au demeurant). Et des photos.

Publié dans tbilissi

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sylvie haim 27/02/2006 21:43

bravo pour la prose!C'est super et je suis ravie de la lire et de "voyager" ainsi dans mon fauteuil. Les photos donnent envie d'y aller et je meurs d'envie de tâter du khinkali... A quant la recette? Et en plus je lis la prose de Sarah...C'est fou, non? (je découvre les joies du blog) Sylvie

sylvie haim 27/02/2006 21:43

bravo pour la prose!C'est super et je suis ravie de la lire et de "voyager" ainsi dans mon fauteuil. Les photos donnent envie d'y aller et je meurs d'envie de tâter du khinkali... A quant la recette? Et en plus je lis la prose de Sarah...C'est fou, non? (je découvre les joies du blog) Sylvie

jp yeti 26/02/2006 22:44

Damned, Tintin Emmanuel se dirige vers la retraite sauvage où je me cache depuis toujours... Aurait-il découvert mon repaire dans les entrailles de la montagne de Kazbegi ? Moi qui croyais avoir égaré les recherches dans le lointain Tibet grâce à mon copain R... G... Comment a-t-il fait pour savoir ? Se peut-il que ce soit grâce à son flair si jeune et déjà légendaire ?

J'ai plus qu'à me sauver en Tchétchénie, là-bas, y croient pas au yeti... j'espère ?