A la recherche de la Toison d'Or

Publié le par Emmanuel

Mes chers parents s'inquiétaient il y a peu de ne pas me reconnaître, après plus de cinq mois d'absence. Eh bien heureusement que je ne quitte pas les Géorgiens à leur tour, vu leurs capacités physionomistes.

L'autre jour, je viens à la Poste chercher mon courrier -car je me fais adresser mon courrier à la poste restante, c'est la classe, n'est-ce pas-, et je donne donc mon passeport à la guichetière pour prouver mon identité. Comme à chaque fois, il faut que je leur répète que non, "Emmanuel" n'est pas mon nom de famille, qu'il est écrit sur la ligne nettement plus longue qui se trouve au-dessus, que je leur explique comment prononcer, avec quelques sourires pour faire passer le tout. En France après tout il faut aussi expliquer, alors bon.

La guichetière quarantenaire, qui visiblement manque d'expérience dans le domaine de la poste restante internationale, montre mon passeport à une grand-mère à lunettes respirant une autorité toute soviétique. Elle me regarde par dessus son lorgnon et me déclare, d'un ton sévère : "Mais enfin, il faut qu'elle vienne le chercher elle-même, son courrier !"

Là je deviens songeur. Je me dis que j'ai mal compris, je m'apprête à demander des détails lorsque soudain la lumière frappe mon cerveau engourdi par une grasse matinée éprouvante. "Mais c'est moi !" m'écrié-je en me remémorant les traits exacts de votre serviteur sur la photo du passeport, où je ressemble à un hybride d'Emmanuel Petit et d'une duchesse anglaise. Les cheveux longs, donc.

Bref échange de regards, par-dessus les lunettes. Enorme éclat de rire dans le hall de la poste (qui ressemble un peu au Parlement, deux cents mètres sur cinquante, trente de haut et des colonnes doriennes, le tout en gros marbre d'un jaune délicieux). Je dois avouer que je n'ai pas été le dernier à me bidonner, pour une fois. C'était dit tellement naturellement. Et puis pour une fois, j'avais du courrier, aussi. Ca a illuminé ce qu'il me restait de journée !

PS : Apprenez en vous amusant : le titre hautement culturel de ce billet qui l'est nettement moins fait référence à la fameuse Toison d'Or de l'Antiquité -je suis blond, j'avais les cheveux longs, ha ha-, que les Argonautes de Jason sont venus chercher en Colchide, qui n'est autre, comme vous l'aurez deviné, que le berceau de la Géorgie. Elle-même berceau de tant de choses fantastiques, comme donc la Toison d'Or, le vin, les chants polyphoniques, la danse et les tournevis cruciformes.

 

Publié dans tbilissi

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Emmanuel 23/05/2006 14:55

Merci ! Si tu trouves des voyagistes prêts à payer pour ça, je veux bien...
Et mes chats ne parlent qu'une langue, mais ils sont deux, ce qui compense aisément lorsqu'il s'agit pour eux de passer à table.

sylvie.haim 21/05/2006 22:06

Cher Emmanuel
A te lire, je rigole, et je m'étonne que tu ne croule pas sous les vivats et les bravos Même que ça a visiblement donné à Sarah l'envie d'aller y voir de plus près. Peut-être que tu pourrais compléter ton activité de journaliste : il te suffirait de proposer à des voyagistes éclairés un commentaire des sites visités...Je suis certaine que tu aurais un succès fou !
Sinon quel langue parle ton chat? est-il bilingue?
Allez à plusse et biz. Sylvie

cheni mama jp 19/05/2006 19:29

Et nous qui nous faisions des cheveux pour toi ! A propos, pour les tournevis cruciformes, tu as les preuves de ce que tu avances ???

Antre chose : je ne vois plus le grand nombre habituel de commentaires ? Serait-ce depuis qu'ils demandent à la fin de l'exercice de recopier une image mystérieuse ? Peut-être tes admirateurs fervents croient-ils qu'on s'attaque là à leurs convictions iconoclastes... alors qu'il ne s'agit en fait que de recopier les trois chiffres et/ou lettres qui figurent à gauche de la case énigmatique !

On se demande du reste à quoi ça peut bien servir...