Politkovskaya.

Publié le par Emmanuel

Je suis enragé. Enragé de voir ce pays que j'aime tomber si bas. Enragé de voir que la haine, la violence et la bêtise ont libre cours dans les rues de Moscou où l'on chasse les Géorgiens comme on chasserait le faisan ou le sanglier. Enragé de voir qu'une femme admirable est abattue comme une chienne pour avoir eu le courage de ses opinions.

Je voudrais dire toute ma rage mais je ne peux pas. Je ne peux que coller des mots, des concepts vides, des étiquettes standardisées sur mon émotion.

Cet assassinat, ce n'est après tout que quelque chose de très normal. L'homme est bête, cruel et violent, aussi bien qu'il peut être courageux, libre et sensible. Nous le savons tous. C'est même parce qu'il est capable du pire qu'il peut se dépasser. Je passe mon temps à me le répéter. Combien de journalistes, combien d'hommes meurent tous les jours pour avoir refusé de se taire ? Combien d'injustices, combien de cruautés tourmentent le monde, tous les jours ? Et pourtant nous ne sommes pas choqués. Rien ne nous touche jusqu'à ce qu'un proche souffre, jusqu'à ce que nous souffrions nous-même.

Anna Politkovskaya n'était pas mon amie, pas ma femme, pas ma mère. Comme d'autres, j'avais lu ses articles, admiré ses livres, son courage, son impertinence. J'ai voulu rencontrer cette femme, plusieurs fois. Je n'ai jamais réussi à le faire. Il y a deux ans, en septembre 2004, j'étais à Moscou. Elle était à l'hôpital, empoisonnée par les services secrets dans l'avion qui l'amenait à Beslan.

Mais Anna Politkovskaya m'était proche. Elle m'était proche parce que, comme elle, je suis journaliste. Parce qu'elle a lutté contre la dureté de son pays, contre la résignation de sa société, l'à-quoi-bonisme de ses amis. Parce que sa présence était rassurante dans cette Russie que j'aime, et qui glisse doucement vers un chaos ordonné de manière frissonnante. Parce qu'elle me permettait de croire en mon métier, qu'elle était comme un roc d'humanisme, de compréhension, de détermination.

La seule chose que je peux faire, c'est lui rendre cet hommage. Ne pas me contenter de petites gloires. Me réaliser en tant qu'homme, en tant que journaliste. Garder à l'esprit son courage. Et espérer que le peuple russe se réveillera un jour.

Publié dans tbilissi

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Nino 20/10/2006 15:07

Difficile de renoncer au passé glorieux (sans doute), mais la France mene une coopération très étroite avec ses ex-colonies... Beaucoup de livres ont été écrits sur la colonisation (par les Français-même)... Je trouve qu\\\'en France, il y a une vraie prise de conscience, en tout cas par rapport à la Russie, où nous, les Caucasiens sommes traités de "Tchernajopié"...sympa non?
Arrête de justifier cette politique archaïque et obsolète... Pas de circonstance atténuante pour la Russie:)
 
 

Nino 20/10/2006 15:06

Difficile de renoncer au passé glorieux (sans doute), mais la France mene une coopération très étroite avec ses ex-colonies... Beaucoup de livres ont été écrits sur la colonisation (par les Français-même)... Je trouve qu'en France, il y a une vraie prise de conscience, en tout cas par rapport à la Russie, où nous, les Caucasiens sommes traités de "Tchernajopié"...sympa non?
Arrête de justifier cette politique archaïque et obsolète... Pas de circonstance atténuante pour la Russie:)
 
 

Emmanuel 20/10/2006 10:02

Oui je comprends très bien ! Mais en même temps c'est très long de sortir d'un passé colonial, surtout quand on a prétendu pendant des années qu'on n'en avait aucun...
Regarde en France, on a toujours pas réglé nos problèmes avec nos anciennes colonies.
La Russie doit y renoncer, mais est-ce qu'elle le veut ? Difficile de renoncer à un passé glorieux...

Nino Nijaradzé 19/10/2006 20:22

A la différence de toi, je ne suis pas admiratrice de la Russie, mais j'admirais Anna. "La Tchétchénie, le désheunneur russe" est un livre très réussi qui montre bien la dégénérescence de la Russie...
Et tout cela... sous le feu-vert de l'Union européenne. Qous prétèxte que  la Russie fournit l'Europe du gaz... Donc, ni l'exytermination des Tchetchènes (c'est comme ça que je l'appelle cette sale guerre), ni pour Anna, ni pour la déportation des Géorgiens...
Comme tu parle russe, je te dis une phrase (j'écri pas an alphabet russe, j'espère que tu comprendras: "Kuda mi katimsia? Mi katimsia k chortavi materii". C'est un question au'on a posé une fois à Brejnev et c'est ce qu'il a répondu...
Je pense que la Russie "katitsia" toujours...
Nino

Emmanuel 11/10/2006 21:14

Il suffit de demander :
"Tchétchénie : le déshonneur russe", paru chez Buchet Chastel en 2003. Bouleversant. Et "La Russie selon Poutine" du même éditeur en 2005, très instructif.
Il y a aussi "Voyage en enfer", sur la guerre en Tchétchénie, paru chez Robert Laffont en 2000.